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Union Régionale Hauts-de-France des Acteurs Franco-Allemands pour l'Europe

Union Régionale Hauts-de-France des Acteurs Franco-Allemands pour l'Europe

"Se connaître l’un l’autre, apprendre l’un de l’autre, travailler l’un avec l’autre pour la construction de l’Europe, pour nos valeurs..."


Des nouvelles de BAILLEUL ...

Publié par URAFA HdF pour l'Europe sur 9 Mai 2026, 14:52pm

Catégories : #Ceci est votre rubrique, #Commémorations

"Sur ces pavés on trébuche sur sa conscience"

La date de la commémoration de l'armistice de 1945 et de la veille de la journée de l'Europe n'a pas été choisie au hasard pour la pose à Bailleul de 3 Stolpersteine à la mémoire de 3 Bailleulois victimes des Nazis.

Ce projet a été initié par l'association "Stolpersteine Nord-Pas-de-Calais" en coopération étroite avec les deux collèges bailleulois, le lycée professionnel, le lycée Anne Frank de la ville jumelée Werne, le club d'histoire locale, le comité de jumelage et la commune de Bailleul.

Lors de la pose, les élèves des établissements scolaires ont effectué une restitution du travail pédagogique qu'ils ont réalisé : rappel de la biographie des personnes honorées, poèmes, dessins, chants, etc...

Jean-André Vandelannoote est intervenu en tant que Président du comité de jumelage en présence du Président de l'URAFA Hauts-de-France pour l'Europe.

 

Voici son intervention :

Les jumelages de villes sont à la base de l’amitié franco-allemande. Ils sont directement issus de la Seconde Guerre Mondiale et avaient pour but de mettre du lien entre les peuples français et allemand et d'établir une nouvelle culture de la coexistence. Si leur objectif est désormais de renforcer le sentiment citoyen européen, ils ont toujours pour tâche d'effectuer un important travail de mémoire. Les trois personnes qui sont honorées aujourd'hui se sont dressées contre le nazisme et l'ont payé pour certain de leur vie.

Hannah Arendt, célèbre philosophe et politologue allemande, s'est demandé comment l’une des nations les plus instruites et cultivées au monde a pu sombrer dans la barbarie. Née en 1906 à Hanovre en Allemagne dans une famille juive laïque, Hannah Arendt se  réfugie en 1941 à New-York.

En 1951, elle publie "Les Origines du totalitarisme".

«Le sujet idéal du régime totalitaire, écrit-elle, n’est pas le nazi convaincu ni le communiste convaincu, mais celui pour qui la distinction entre le fait et la fiction, entre le vrai et le faux, n’existe plus. Le totalitarisme n’a pas besoin de croyants fanatiques. Il a besoin de personnes qui ne savent plus ce qui est réel».

Comment un régime détruit-il la réalité ? «Le mensonge constant et éhonté. Et quand les mensonges deviennent si permanents, si envahissants, les gens finissent par croire tout et rien, à penser que tout est possible et que rien n’est vrai».

Interrogée en 1974 sur le scandale du Watergate, Arendt répond : «Si tout le monde vous ment constamment, la conséquence n’est pas que vous croyez les mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Et un peuple qui ne peut plus croire à quoi que ce soit ne peut plus se faire d’opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, on peut faire absolument ce que l’on veut».

Hannah Arendt décrit le mode d’emploi utilisé par les dictateurs :

«Mentir sans cesse - Quand on est pris, mentir encore - Attaquer ceux qui disent la vérité - Inonder l’espace de désinformation jusqu’à ce que les gens renoncent à chercher ce qui est réel - Faire ce que l’on veut - le peuple est désormais paralysé».

Mais ce qui hantait le plus Arendt, c’était ceci : les personnes qui commettent les atrocités ne sont pas des monstres.

En 1961, elle assiste au procès d’Adolf Eichmann et s’attend à voir le mal incarné, un démon. À la place, elle voit un bureaucrate terne qui n’était pas mû par la haine ou l’idéologie. Il l’était par l’ambition, l’obéissance et l’absence de réflexion et ne faisait que "suivre les ordres".

Elle écrit :

«La triste vérité est que la plupart du mal est fait par des gens qui n’ont jamais décidé d’être bons ou mauvais». Les plus grands crimes ne sont pas commis par des monstres sadiques, mais par des gens ordinaires qui cessent de penser par eux-mêmes, qui obéissent, qui ne questionnent pas, qui abandonnent leur jugement à l’autorité».

Ces avertissements d’Arendt semblent aujourd'hui prophétiques et d'une redoutable actualité. Nous vivons à une époque où des dirigeants mentent sans honte, où la désinformation se propage plus vite que la vérité, où les gens se replient dans des bulles idéologiques, et où des mouvements autoritaires montent dans les démocraties du monde entier.

Arendt nous a prévenus :

«Le danger n’est pas une tyrannie spectaculaire qui arrive du jour au lendemain.

Le danger est l’érosion lente et silencieuse de notre capacité à distinguer le vrai du faux.

Le danger est que des gens ordinaires deviennent si confus, si épuisés, si cyniques qu’ils cessent d’essayer de savoir ce qui est réel.

Le vrai danger n’est pas le dictateur - c’est le moment où les gens ordinaires ne savent plus distinguer la vérité du mensonge».

 

Mais Arendt nous a aussi laissé une issue :

«Pense par toi-même.

Refuse d’abandonner ton jugement.

Accroche-toi à la distinction entre le fait et la fiction.

Allume ta petite lumière vacillante - même si elle te semble faible.

Car le totalitarisme prospère sur l’absence de pensée.

Et chaque personne qui refuse d’arrêter de penser est un acte de résistance».

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